Pourquoi pas le vélo ? Et si la France engageait sa révolution cyclable

Pourquoi pas le vélo ? Et si la France engageait sa révolution cyclable

Bénéficiant de la double nationalité française et néerlandaise, Stein van Oosteren entretient une relation particulière avec le vélo. C’est naturellement qu’il s’active à accompagner la France dans une révolution que les Pays-Bas ont connue dans les années 1970. Avec ce livre, par exemple, intitulé « Pourquoi pas le vélo ? Envie d’une France cyclable », diffusé depuis le 6 mai 2021.
 

Les Pays-Bas : l’autre pays du tout-voiture… en 1973

« J’ai d’abord trouvé très étonnant d’être régulièrement interpelé par des Français au sujet de la forte utilisation du vélo aux Pays-Bas. Je ne comprenais pas pourquoi c’était si spécial pour eux. Et je pensais que les Pays-Bas était cyclable depuis toujours », lance Stein van Oosteren. « Alors j’ai effectué quelques recherches. J’ai 48 ans. Je suis né en 1973. Et c’est précisément à cette époque que les Pays-Bas ont commencé leur révolution du vélo. Avant, c’était aussi un pays du tout-voiture », poursuit-il. « La situation a changé grâce à la volonté du peuple néerlandais. Aujourd’hui, en France, ça bouge aussi complètement sur ce sujet », a-t-il remarqué.
 

Une différence de taille

« Quand les habitants des Pays-Bas ont lancé leur révolution, le monde du vélo était encore dans les esprits. Pour les Français, ce n’est plus le cas. Il n’y a plus d’anciens pour témoigner que l’usage du vélo était central plusieurs dizaines d’années en arrière. Il n’existe plus de personnes pour dire à quoi pouvait ressembler les rues quand les voitures étaient l’exception, dans les années 1910 et 1920 », avertit Stein van Oosteren.

« Les Français ont donc du mal à imaginer ce que pourrait être la France du vélo. Une rue, c’est 10 mètres de larges, avec 2 trottoirs et une chaussée avec 2 voies. C’est un schéma binaire piétons/voitures. C’est une barrière réelle pour le vélo. Mais c’est en train de changer », explique-t-il. « Aujourd’hui, pour les Français qui veulent se faire une bonne représentation de ce qu’ils pourraient vivre bientôt chez eux, le mieux est d’aller aux Pays-Bas pour le vivre », invite-t-il.

 

Supports de débats

Stein van Oosteren est président de l’association cycliste Fontenay-aux-Roses à Vélo et porte-parole du collectif Vélo Ile-de-France. A l’été 2018, il a animé un débat après la diffusion du documentaire Why We Cycle. Ce film donne la parole à une trentaine de néerlandais qui expliquent l’impact du vélo sur leur vie personnelle et celle de leur pays. « Il a été ensuite vu un peu partout en France. C’est un excellent support pour donner la parole aux Français sur la place du vélo en ville. Il est une bonne publicité pour la ville de demain », commente-t-il.

« C’est dans le même esprit que j’ai voulu réaliser mon livre ‘Pourquoi pas le vélo ?’. Afin que la réflexion puisse avoir lieu partout. Il invite les Français à réfléchir sur la façon de vivre la mobilité et la ville. J’aime en France cette culture du débat. Elle est surtout philosophique et/ou intellectuelle. Il manque souvent des débats sur ce qui se passe dans la rue, devant chez soi », plaide-t-il. « Je vais présenter mon livre lors d’une tournée et organiser des débats. Je souhaite ainsi continuer à inspirer les citoyens et les élus français. J’ai mis pas mal d’humour dans mon livre. J’ai voulu que le ton soit léger et que sa lecture ne soit pas compliquée. Je me tiens à la disposition des libraires et vélocistes », propose notre interlocuteur.
 

60 % des Franciliens souhaitent des pistes cyclables

« Les chiffres montrent que 60 % des Franciliens souhaitent la réduction de la voiture pour avoir des pistes cyclables. Pour faire bouger les choses, il faut une prise de conscience. Les coronapistes cyclables sont nées avec la pandémie actuelle. Le virus a eu un peu le même impact que le choc pétrolier dans les années 1970 », compare Stein van Oosteren.

« Il suffit de créer un réseau cyclable pour mettre des milliers de gens sur les pédales. La pratique du vélo explose alors véritablement. Bien sûr, il y a toujours des résistances et le changement ne peut s’effectuer du jour au lendemain », prévient-t-il. «  Certains disent que les rues sont trop petites, que de créer des pistes cyclables ça va obliger à couper des arbres, que certaines villes ont des rues trop pentues. On peut toujours trouver des excuses pour dire qu’on ne veut pas développer le vélo. Mon livre veut aider à créer la discussions entre les citoyens à ce sujet, et ensuite avec les politiques », insiste-t-il.


 

Ne pas empêcher la pratique du vélo

 « Il ne faut pas empêcher les gens de bouger, de marcher, de faire du vélo. Il ne faut pas non plus oublier la dimension plaisir. La pratique de la bicyclette, ce n’est pas seulement parce qu’en ville on va plus vite qu’en voiture et que ça coûte moins cher. On y gagne aussi en qualité de vie. Aller au travail à vélo, c’est un moment exceptionnel de la journée. Quand on y goutte, on ne revient plus en arrière », promet Stein van Oosteren.

« Les enfants ne doivent pas être oubliés. Ce sont les futurs citoyens. Aujourd’hui ils n’ont pas le droit de se déplacer à vélo. Ils sont assis sur un siège soit à l’arrière d’une voiture soit dans un bus. Le vélo les aide à devenir autonomes et dynamiques plus rapidement. Et à entrer dans une société de liberté », justifie-t-il.

« L’Organisation mondiale de la santé estime qu’il faut s’adonner à 60 minutes d’activités physiques par jour. Ce n’est pas le cas, à peine 12 % en réalité. Le S’Cool Bus, importé des Pays-Bas existe, et c’est une bonne chose. C’est un bon moyen d’entraîner les enfants à pratiquer des activités physiques puisqu’ils participent au pédalage », rapporte notre interlocuteur.
 

Cyclologistique

« C’est fantastique que 12 millions d’euros soient débloqués pour revoir la logistique et notre façon de nous déplacer. Les grosses camionnettes prennent énormément de place dans les rues. Alors qu’il est possible de transporter 150 kilos de charge avec un vélo cargo », s’enthousiasme Stein van Oosteren. « C’est important que la cyclologistique soit lancée par le gouvernement. D’abord pour l’accompagnement financier. Mais aussi parce que la mesure gagne en crédibilité. Elle inscrit ainsi le vélo comme un vecteur logistique de la société », estime-t-il.

« On peut transporter pas mal de choses avec lui. Il est même possible d’effectuer des déménagements. A Bordeaux, lors de la construction de lignes de tramways, la circulation était devenue difficile. La Chambre de commerce et d’industrie a poussé à l’utilisation du vélo pour les livraisons. Voilà comment il est devenu dans cette grande ville une solution de logistique », illustre-t-il. « Des commerçants achètent des vélos cargos dans ma ville », complète notre interlocuteur.
 

Plusieurs dispositifs

Le plan national pour le développement de la cyclologistique a été présenté au début de ce mois de mai 2021. Il comprend diverses mesures pour inciter les professionnels à passer au vélo plutôt que d’utiliser des utilitaires, tels les fourgons.

« Ma cycloentreprise va aider les entrepreneurs qui débutent à financer et apprendre comment utiliser des vélos cargos », souligne Stein van Oosteren. Il s’agit de favoriser l’emploi éthique et local grâce à des prêts qui s’appuient sur les certificats d’économies d’énergie. «  V-logistique va offrir l’opportunité aux entrepreneurs de tester des vélos et vélos cargos à assistance électrique », met en avant notre interlocuteur.
 

Vélos électriques

« Le vélo électrique est un véritable levier pour changer ses habitudes de mobilité. Il permet d’effectuer facilement des distances de 7 à 20 kilomètres en se passant de la voiture. A partir de 7 km, beaucoup de personnes ont du mal à effectuer des trajets réguliers avec une bicyclette classique », indique Stein van Oosteren. « Le vélo électrique aide des gens à récupérer une liberté qu’ils ne soupçonnaient pas. Les femmes jouent un rôle majeur dans cette mutation, car elles ont moins l’idée que de se déplacer c’est être passif », analyse-t-il.
 

Pas une question de culture

« Le vélo, ce n’est pas une question de culture, mais une volonté citoyenne, puis politique. A l’approche des élections départementales et régionales, les citoyens peuvent interpeler les candidats à ce sujet », propose Stein van Oosteren.

« Pour les Franciliens, le collectif Vélo Ile-de-France a ouvert dans ce sens le site Yes we Bike. L’opération est soutenue par la Fédération française des usagers de la bicyclette qui développe ses propres actions au niveau national », révèle-t-il. « Le vélo apporte un gain gigantesque par rapport à la voiture en raison d’un espace qui se raréfie, qui se densifie », soutient-il.
 

Visioconférence Together we cycle

« Pour la première fois, le documentaire Together we cycle va être diffusé en France. Ce sera lundi 10 mai 2021 de 19 à 21 heures. C’est gratuit et sur Internet, mais avec inscription impérative (https://nostfrancefrancais.wordpress.com/2021/05/03/1323/) », présente Stein van Oosteren. Notre interlocuteur jouera le rôle de modérateur lors du débat qui suivra. Cet événement est proposé par Pieter de Gooijer, ambassadeur du Royaume des Pays-Bas à Paris, et David Belliard, adjoint à la Maire de Paris, en charge de la transformation de l’espace public, des transports, des mobilités, du code de la rue et de la voirie.

S’exprimeront également, après la diffusion du film qui fait suite au premier volet Why we cycle : Olivier Schneider, président de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB),  Charlotte Guth, cheffe de la mission vélo à la ‎Ville de Paris, et Gertjan Hulster, réalisateur du documentaire. La vidéo « raconte le chemin cahoteux qui a abouti à une société 100 % cyclable, où trois enfants sur quatre vont à l’école à vélo », peut-on lire sur la page de présentation de la soirée digitale.
 
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